Sortie: 12 Novembre 2002
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, Kanye West, Dr. Dre, The Neptunes, No I.D., Heavy D, Jimmy Kendrix, Big Chuck, Ron Feemster, Charlemagne, Digga
On avait quitté Jay-Z avec un classique qui la définitivement hissé au rang d'icône de ce début de millénaire. Si on ne peux rien reprocher au génial
The Blueprint, il n'en est pas de même
pour la suite des évènements. Hova se perd dans son duel au sommet avec
Nas, se prenant même une gifle monumentale avec
Ether, reponse detonnante à son
Takeover. Et ce ne
sont pas ses diss tracks plus ou moins inspirées qui feront remonter sa crédibilité, surtout qu'entretemps son rival est redevenu le favori de la rue. De plus son album-concept avec
R. Kelly
est un semi-échec imputable aux problèmes judiciaires de son partenaire de micro. Jay se voit donc dans l'obligation de redresser la barre et décide de réagir en annonçant la sortie d'un double
album qui se veut être la suite de
The Blueprint jusque dans son intitulé:
The Blueprint²:The Gift & The Curse. Pourquoi un double album déjà? Parce que Jay le peu pardi. Non
plus sérieusement les plus grands ont sorti des doubles album très réussis (
2Pac, The Notorious B.I.G., Wu-Tang), réaliser le sien est le meilleur moyen d'accéder pour de bon au statut de
légende vivante (comme si ce n'était déjà pas le cas). Pour mener à bien cet ambitieux projet, il ne lésine pas sur les moyens convoquants une brochette de producteurs de renom (
Kanye West,
Just Blaze, Dr. Dre, Timbaland, The Neptunes) quelques-uns moins connus (
No I.D., Jimi Kendrix, Big Chuck, Charlemagne, Digga et le revenant
Heavy D) et plus d'une vingtaine
d'invités (il serait trop long de les énumérer). Toutes choses qui laisse augurer d'un disque inégal et longuet.
Comme le laissait penser la guest list, l'album par dans toutes les directions avec des collaborations tous azimuts, des instrumentaux sans cohésion et des titres qui ne servent à rien qu'à assurer
le remplissage. A vouloir manger à tous les rateliers, l'ensemble souffre d'un manque de cohérence flagrant et tient plus d'une association disparate de titres que d'un disque patiemment construit.
Autre écueil non-évité, une atmosphère musicale inexistante. Si la carte de la diversité a été jouée, les artisans sonores ont confondus éclectisme et non-identité. Sampler aussi bien
Earth Wind & Fire, Ennio Morricone, Paul Anka, 2Pac, TLC et même
Usher sur le même disque fait vraiment tâche. On jurerait presque écouter une bande originale de film ou une
compilation réunissant les titres les plus joués de l'année.
Les choses démarrent plutôt bien pourtant avec l'évocateur
A Dream en featuring avec l'ex-couple Wallace, j'ai nommé
Faith Evans et son défunt mari
The Notorious B.I.G.
présent grâce au récyclage d'un de ses couplets de
Juicy (merci Kanye).
Just Blaze surprend avec le sympathique
Hovi Baby avant que l'équipe Aftermath ne vienne s'illustrer
sur la suite de
The Watcher. L'occasion rêvée pour Hova de croiser ses rimes avec un autre monstre sacré du rap:
Rakim (à l'époque signé chez Aftermath). Si Dre ne livre qu'une
déclinaison de son propre titre, le morceau s'avère plutôt satisfaisant. Tout va malheureusement se gâter avec
03 Bonnie & Clyde première collaboration du couple Hov/
Beyonce
pour une reprise low-cost du
Me & My Girlfriend de
2Pac. En dépit d'un succès considérable à l'époque, ce single archi-grillé est la première grosse déception du premier disque.
La chute continue avec un autre single sans éclat
Excuse Me Miss où la voix de
Pharrell s'avère plus qu'irritante à la longue et le terne
What They Gonna Do avec un
Sean
Paul lymphatique. Même constat avec un
Fuck All Nite inutile et un
I Did It My Way plus que dispensable. Heureusement la collaboration réussie avec les sudistes
Killer
Mike, Twista et
Big Boi ainsi que l'accrocheur
The Bounce (magistralement produit par
Timbaland) et le bon
All Around The World sauvent la mise pour ce premier
disque au contenu mitigé.
Le deuxième disque s'avère un poil plus convaincant que son alter-ego mais souffre lui aussi des carences énoncées plus haut. Il comporte tout de même des titres de qualité comme
Diamond Is
Forever, le surprenant duo avec
Lenny Kravitz (
Guns & Roses) l'excellent
Meet The Parents, le bouncy
Nigga Please (un incontournable en club à l'époque)
ou encore le titre éponyme (malgré son sample grillé). C'est aussi l'occasion pour Jay de permettre à ses poulains de s'illustrer.
As One voit ainsi presque tous les artistes du label sur
un titre plus convaincant mais n'arrivant pas à la cheville d'un
Reservoir Dogs par exemple (présent sur
Hard Knock Life). Même sentence pour le remix de
U Don't Know qui
malgré la bonne performance des
M.O.P. semble n'avoir été réalisé que dans un but purement stratégique (le combo de Brooklyn venant juste de rejoindre la famille Roc-A-Fella, il était
logique de leur offrir un peu de visibilité). De plus l'instru est limite inchangé, bonjour l'originalité. Passons également un
Some How Some Way sans intérêt qui prouve qu'il faut tout de
même faire plus que reconduire le casting de
This Can't Be Live (titre de
The Dynasty) pour pondre un titre convaincant. Impossible également de se sentir concerné par le fadasse
A Ballad For The Fallen Soldiers qui ne suscite rien à part des baillements successifs et l'insipide
What They Gonna Do Part II (le type même de bonus tracks dont on se passerait
volontiers vu qu'il réussi l'exploit d'être encore plus vomitif que l'original). Jigga peut heureusement compter sur
2 Many Hoes (produit par un
Timbaland qui fut bien le seul à
n'avoir jamais déçu sur cet album) et
Some People Hate pour se refaire une santé.
Un album très peu convaincant en somme. De bons titres malheureusement noyés dans une direction artistique hasardeuse. De plus le manque de cohésion globale et l'irrégularité de Jay-Z au micro
n'arrange rien. A vouloir frapper trop fort, Jigga s'est dilué dans un album ne lui correspondant finalement que trop peu. Il aurait clairement été plus judicieux de ne faire qu'un seul disque plus
abouti et plus cohérent plutot que de céder à cette course à la grandiloquence. Si le succès commercial reste au rendez-vous, on ne peut qu'être déçu de cet album.
15/20