Samedi 5 décembre 2009
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Sortie: 21 Novembre 2006
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Just Blaze, Kanye West, Swizz Beatz, The Neptunes, DJ Khalil, Chris Martin, Syience, B-Money
On en avait presqu'oublié qu'il était à la retraite tant son hyper-activité et son omniprésence dans les médias nous rappellent qu'il est encore là. Bien sur Jay-Z n'a plus sorti d'album solos
depuis
The Black Album, mais son fantôme continue d'hanter le rap game. Il faut dire qu'il n'a pas vraiment chômé. Entre un nouvel album avec
R. Kelly (
Unfinished
Business), un autre avec le groupe de rock
Linkin Park (
Collision Course) et divers featurings et prestations live, on ne peut pas dire qu'il se soit éloigné du monde de la
musique. Mieux en 2005 il se voit coopté à la tête du prestigieux label Def Jam. Toutes choses qui laissait présager d'un éventuel retour aux affaires rapologiques. La rumeur se veut d'ailleurs
insitante jusqu'à ce que l'intéressé lui-même la confirme. Oui il fait son come-back, oui l'envie est revenue et il sortira d'ailleurs un nouvel album d'ici peu. Et pour marquer le coup il remonte
sur scène pour le concert
I Declare War qui scelle definitivement sa réconciliation avec
Nas.
Les tractations et autres pronostics vont alors bon train, surtout que pas grand-chose ne filtre au sujet de ce retour aux affaires. Une seule question demeure en suspens: les motivations réelles
de ce come-back. Reprend t-il le chemin des studios parce qu'il désire réellement ou est-ce pour relancer une machine Def Jam en souffrance comme il l'avait déjà fait pour Roc-A-Fella avec
The
Dynasty? Une interrogation qui restera en suspens. Quoi qu'il en soit Hova joue tout d'abord la carte de la rupture et prévoit sortir cet album sous le nom de Shawn Carter. Il se ravisera
finalement et gardera son nom de scène. Quant à l'intitulé de l'album il lui sera suggéré par un de ses collaborateurs
Young Guru en reférence au comic book de la DC
Superman.
Contrairement à ses habitudes Jay prendra son temps et attendra Octobre pour enfin livrer son premier single
Show Me What You Got. On retrouve
Just Blaze à la baguette mais ce titre
s'avère peu convaincant. On était en droit d'espérer mieux d'un homme qui aura marquer l'histoire de cette musique. L'accueil est plutôt mitigé dans le milieu. Bien sur ce morceau est dans la
lignée du
Black Album, montrant que Jay reprend les choses là où il les avaient laissées mais le scepticisme demeure. Dans la foulée la tracklist arrive et elle s'annonce épaisse comme une
liasse de billets de 100 au vu des noms qui y figurent. Les habitués
Just Blaze et
Kanye West sont conviés mais aussi
The Neptunes, Swizz Beatz, DJ Khalil, quelques inconnus (
Syience et
B-Money) et surtout
Dr. Dre. Le bon docteur a consenti à lâcher sa thèse Detox un moment pour s'occuper de trois titres. Mieux il s'occupe aussi du mixage de l'opus.
Toutes choses qui laisse augurer d'un disque de très bonne qualité qui sortira directement sans qu'un autre single ne soit lancer en éclaireur.
Dès les premières écoutes ce qui marque tout de suite est la qualité du rendu. On reconnait la touche de Dre qui rehausse même les titres les plus banals pour en faire des bombes. Un bon point mais
qui ne saurait suffir à lui tout seul pour faire de cet album un must du genre. Le docteur n'en reste heureusement pas là et ses trois de ses prescriptions s'avèrent être parmi les meilleures du
disque. Un
Trouble surprenant mais novateur où Jay parle vite fait des rumeurs sur son enfant caché, un
30 Something tout à fait dans son style mais surtout l'énorme
Lost
One sur lequel Hov se livre. Il y évoque pèle-mèle la mort de son neveu, ses relations difficiles avec
Beyonce et son ex-associé
Damon Dash le tout en trois couplets lourds de
sens rehaussé par un refrain accrocheur de
Chrisette Michele. Ce titre très personnel est l'une des tueries de l'album. Autre moment fort l'excellente contribution de
Kanye West
Do U Wanna Ride en duo avec un
John Legend qui donne de la profondeur au morceau. Ce seront globalement les seules raisons de s'enthousiasmer sur cet album. S'il s'avère assez bien
produit dans son ensemble (à l'exception du decevant
Anything usiné par les
Neptunes et de l'anecdotique son de
DJ Khalil) et très agréable à l'écoute, c'est dans les textes
et la performance que Jay-Z déçoit. On n'a rien contre quelques lignes d'égotrip et des punchlines bien senties mais là on frise l'arrogance. Les lyrics sont parfois consternants
d'auto-satisfaction et disons le tout net d'une suffisance plus qu'agaçante. De plus son flow n'est plus aussi limpide qu'auparavant. S'il n'écrit toujours pas ses textes, le robinet vocal à la
poignée qui grince à présent. Peu de fluidité, une voix parfois trop forcée qui essaie de sonner plus jeune et des clins d'oeil trop récurrents aux super héros. Peu rassurant. Pour ne rien arranger
il semble vraiment manquer de conviction quand il s'attaque à des sujets qui se veulent plus grave à l'image du risible
Hollywood (Featuring
Beyonce, essayez au moins d'avoir l'air
surpris) où il relate la décadence d'un star lui ressemblant étrangement. Même constat avec l'hommage en carton rendu aux victimes de l'ouragan Katrina sur
Minority Report. L'album se
conclut avec une incursion dans le monde du rock avec
Beach Chair, produit par le membre de
Coldplay, Chris Martin qui signe également le refrain. Une collaboration surprenante,
déroutante qui achèvera de dégouter les puristes et autres fans de la première heure.
Ce retour en demi-teinte s'avère comme prévu une excellente opération commerciale (680.000 copies écoulées dès la première semaine) mais recevra un accueil critique plutôt froid. Jay-Z est toujours
à la retraite, son clone President Carter ne semble pas encore en mesure de lui succéder. Motif trop peu ancré à la rue, trop arrogant, trop prétentieux, totalement imbu de sa personne, limite
condescendant. Pour revoir le véritable Hova, si tant est qu'il refait surface un jour, il faudra encore attendre. Ce n'est en tout cas pas avec ce disque qu'il faut espérer le retrouver.
15/20