Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 16:10


Sortie:
6 Novembre 2007
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: P. Diddy & The Hitmen (Mario Winans, Sean C & LV), Just Blaze, The Neptunes, No I.D., Jermaine Dupri, DJ Toomp, F.R.E.A.K., Bigg D, Chris Flame, Idris Elba

On avait quitté Jay-Z après un Kingdom Come plutôt mitigé. Si son retour fut un nouveau succès commercial, il n'en est pas de même pour une critique de plus en plus assassine. President Carter ne s'apitoiera pourtant pas sur cette sortie qui appartient déjà au passé. Il est un homme de défis (il l'a maintes fois prouvé) et est bien décidé à s'en trouver de nouveaux, au micro ou dans les hautes sphères financières.

La resurrection viendra du cinéma. Subjugué par le film de Ridley Scott, American Gangster, Jay y voit un parallèle avec sa vie et décide d'enregistrer un album reprenant le concept du film. C'est bien la première fois qu'il se lance dans un projet de ce type avec un fil conducteur aussi précis. Ses proches se veulent d'ailleurs formels: il ne s'éloignera pas du concept. Beaucoup se prennent du coup à rêver à un nouveau Reasonable Doubt, encore plus cohérent. Rien ne filtre sur l'identité des éventuels contributeurs, laissant tout le monde dans l'expectative et ce jusqu'à ce que le premier single Blue Magic soit dévoilé. Un titre à la ligne de basse épurée, limite minimaliste produit par The Neptunes. Bonne nouvelle Jay-Z revient à ce qui faisait sa force. Voix limpide, rimes percutantes, flow travaillé. Si l'instrumental n'est pas du goût de tous et que le refrain de Pharrell Williams gâche un peu le morceau, il n'en demeure pas moins une très bonne mise en bouche pour la suite. Quelques semaines plus tard le deuxième single est lancé à son tour. On est plus que surpris de voir qu'il est l'oeuvre de P. Diddy et ses néo-Hitmen: Sean C & LV. On craint déjà qu'il ne nous refasse le coup d'In My Lifetime. Il n'en est cependant rien. Roc Boys  bénéficie d'un ambiance soul 70s rappelant le meilleur de Kanye West. Un morceau plutôt réussi s'intégrant bien au concept de l'album. Dans la foulée la tracklist est enfin dévoilée et c'est avec quelques réserves qu'on constate que l'essentiel des productions ont été confiées à P. Diddy, Sean C & LV (six titres sur les quatorze que compte l'album). Autre surprise de taille: l'absence de Kanye West, sans doute trop occupé par la promotion de Graduation. Just Blaze ne signe que deux titres et Jermaine Dupri tape l'incruste. Des noms qui sont loin de rassurer, surtout qu'un autre morceau signé des Neptunes (I Know) sort deux jours seulement avant la sortie officielle de l'album sans qu'on comprenne trop le pourquoi de la démarche. Ce titre plutôt light aura pour principal mérite de semer encore plus le trouble à défaut de séduire le grand public.

Contrairement à ce que laissait entrevoir la tracklist hâtivement jugée peu convaincante, l'album s'avère plutôt de qualité. L'équipe Bad Boy se permet même de donner le ton avec une couleur musicale digne de Roc Boys. On voyage aux confines de la soul et du jazz 70s avec des samples de Barry White, Rudy Love & The Love Family et autres. Ils sont allé jusqu'a les faire rejouer pour leur donner en core plus d'authenticité. Toutes choses qui correspondent pile poil à l'ambiance recherché et collent au concept comme un string sur le cul d'une gogo-danseuse.  Comme promis Jay s'en tient au fil conducteur du film avec des titres qui s'enchainent les uns aux autres et retranscrivent l'ascension et la décadence de ce clone discographique de Franck Lucas. La formule est parfaitement huilée et tous les morceaux, même ceux qu'on considèreraient comme improbables se fondent dans le concept. Hova est au commandes de cette fiction partiellement autobiographique (il avouera s'être inspiré de son passé de drug dealer) qui le voit gravir les échelons jusqu'au succès titre après titre avant de brutalement chuter à la fin. Un véritable film sur disque où la sciuence de la rime de Jay-Z est toute entière mise au service de l'histoire sans pour autant devenir redondant ou ennuyeux. Fort de son flow retrouvé et de productions emballantes, il livre de nouvelles perles: un American Dreamin' gorgé de soul, un No Hook transpirant la rue avec son ambiance pluvieuse ou encore Sweet rappelant le cinéma blaxploitation. D'autres titres pourraient à eux tout seuls résumer le concept de ce disque situé à mi-chemin entre la bande originale (pas mal d'extraits du film sont repris) et l'album traditionnel. Say Hello (produit par DJ Toomp et F.R.E.A.K.) et Party Life s'inscrivent dans cette mouvance.

Les invités sont rares et s'illustrent diversement. Lil Wayne fait entendre son flow chevrotant de camé en manque sur Hello Brooklyn 2.0 qui est à ranger parmi les bouses de l'album. On se demande encore comment ce titre creux et médiocre, couplé à une prod sans aucune originalité (reprise low-coast des Beastie Boys) à pu se retrouver sur cet album. Les deux Carter déçoivent sur ce son à oublier au plus vite.  A contrario Beanie Sigel se distingue sur l'excellent Ignorant Shit (merveille produite par le trop effacé Just Blaze), rappelant à tous que le Roc n'est pas encore mort. Si Jay-Z se hisse allègrement au niveau de B.Mack sur ce son, il n'en est pas de même sur l'énorme Success collaboration plus qu'attendue avec Nas. Le Street Poet se permet de lui voler la vedette en livrant une performance de très bon niveau. Dernier guest, Bilal qui signe un très bon refrain (non crédité) sur un Fallin' usiné par Jermaine Dupri.

Le pari est au final réussi pour Jay-Z. Le projet est bien ficelé et parfaitement mené. En dépit de quelques dechets, l'album est très satisfaisant et prouve qu'il faut encore compter avec Hov' qui redore au passage son blason quelque peu terni par son disque précédent. Bien sur les réfractaires à la soul, aux ambiances seventies et ceux qui ne jurent que par le boombap seront déçus. Mais peu importe. American Gangster marque le véritable retour du Jigga Man et il serait hypocrite de bouder notre plaisir.


16/20
Par Street Poet - Publié dans : Rap US - Communauté : Rap americain
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 01:19


Sortie:
21 Novembre 2006
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Just Blaze, Kanye West, Swizz Beatz, The Neptunes, DJ Khalil, Chris Martin, Syience, B-Money

On en avait presqu'oublié qu'il était à la retraite tant son hyper-activité et son omniprésence dans les médias nous rappellent qu'il est encore là. Bien sur Jay-Z n'a plus sorti d'album solos depuis The Black Album, mais son fantôme continue d'hanter le rap game. Il faut dire qu'il n'a pas vraiment chômé. Entre un nouvel album avec R. Kelly (Unfinished Business), un autre avec le groupe de rock Linkin Park (Collision Course) et divers featurings et prestations live, on ne peut pas dire qu'il se soit éloigné du monde de la musique. Mieux en 2005 il se voit coopté à la tête du prestigieux label Def Jam. Toutes choses qui laissait présager d'un éventuel retour aux affaires rapologiques. La rumeur se veut d'ailleurs insitante jusqu'à ce que l'intéressé lui-même la confirme. Oui il fait son come-back, oui l'envie est revenue et il sortira d'ailleurs un nouvel album d'ici peu. Et pour marquer le coup il remonte sur scène pour le concert I Declare War qui scelle definitivement sa réconciliation avec Nas.

Les tractations et autres pronostics vont alors bon train, surtout que pas grand-chose ne filtre au sujet de ce retour aux affaires. Une seule question demeure en suspens: les motivations réelles de ce come-back. Reprend t-il le chemin des studios parce qu'il désire réellement ou est-ce pour relancer une machine Def Jam en souffrance comme il l'avait déjà fait pour Roc-A-Fella avec The Dynasty? Une interrogation qui restera en suspens. Quoi qu'il en soit Hova joue tout d'abord la carte de la rupture et prévoit sortir cet album sous le nom de Shawn Carter. Il se ravisera finalement et gardera son nom de scène. Quant à l'intitulé de l'album il lui sera suggéré par un de ses collaborateurs Young Guru en reférence au comic book de la DC Superman. Contrairement à ses habitudes Jay prendra son temps et attendra Octobre pour enfin livrer son premier single Show Me What You Got. On retrouve Just Blaze à la baguette mais ce titre s'avère peu convaincant. On était en droit d'espérer mieux d'un homme qui aura marquer l'histoire de cette musique. L'accueil est plutôt mitigé dans le milieu. Bien sur ce morceau est dans la lignée du Black Album, montrant que Jay reprend les choses là où il les avaient laissées mais le scepticisme demeure. Dans la foulée la tracklist arrive et elle s'annonce épaisse comme une liasse de billets de 100 au vu des noms qui y figurent. Les habitués Just Blaze et Kanye West sont conviés mais aussi The Neptunes, Swizz Beatz, DJ Khalil, quelques inconnus ( Syience et B-Money) et surtout Dr. Dre. Le bon docteur a consenti à lâcher sa thèse Detox un moment pour s'occuper de trois titres. Mieux il s'occupe aussi du mixage de l'opus. Toutes choses qui laisse augurer d'un disque de très bonne qualité qui sortira directement sans qu'un autre single ne soit lancer en éclaireur.

Dès les premières écoutes ce qui marque tout de suite est la qualité du rendu. On reconnait la touche de Dre qui rehausse même les titres les plus banals pour en faire des bombes. Un bon point mais qui ne saurait suffir à lui tout seul pour faire de cet album un must du genre. Le docteur n'en reste heureusement pas là et ses trois de ses prescriptions s'avèrent être parmi les meilleures du disque. Un Trouble surprenant mais novateur où Jay parle vite fait des rumeurs sur son enfant caché, un 30 Something tout à fait dans son style mais surtout l'énorme Lost One sur lequel Hov se livre. Il y évoque pèle-mèle la mort de son neveu, ses relations difficiles avec Beyonce et son ex-associé Damon Dash le tout en trois couplets lourds de sens rehaussé par un refrain accrocheur de Chrisette Michele. Ce titre très personnel est l'une des tueries de l'album. Autre moment fort l'excellente contribution de Kanye West Do U Wanna Ride en duo avec un John Legend qui donne de la profondeur au morceau. Ce seront globalement les seules raisons de s'enthousiasmer sur cet album. S'il s'avère assez bien produit dans son ensemble (à l'exception du decevant Anything usiné par les Neptunes et de l'anecdotique son de DJ Khalil) et très agréable à l'écoute, c'est dans les textes et la performance que Jay-Z déçoit. On n'a rien contre quelques lignes d'égotrip et des punchlines bien senties mais là on frise l'arrogance. Les lyrics sont parfois consternants d'auto-satisfaction et disons le tout net d'une suffisance plus qu'agaçante. De plus son flow n'est plus aussi limpide qu'auparavant. S'il n'écrit toujours pas ses textes, le robinet vocal à la poignée qui grince à présent. Peu de fluidité, une voix parfois trop forcée qui essaie de sonner plus jeune et des clins d'oeil trop récurrents aux super héros. Peu rassurant. Pour ne rien arranger il semble vraiment manquer de conviction quand il s'attaque à des sujets qui se veulent plus grave à l'image du risible Hollywood (Featuring Beyonce, essayez au moins d'avoir l'air surpris) où il relate la décadence d'un star lui ressemblant étrangement. Même constat avec l'hommage en carton rendu aux victimes de l'ouragan Katrina sur Minority Report. L'album se conclut avec une incursion dans le monde du rock avec Beach Chair, produit par le membre de Coldplay, Chris Martin qui signe également le refrain. Une collaboration surprenante, déroutante qui achèvera de dégouter les puristes et autres fans de la première heure.

Ce retour en demi-teinte s'avère comme prévu une excellente opération commerciale (680.000 copies écoulées dès la première semaine) mais recevra un accueil critique plutôt froid. Jay-Z est toujours à la retraite, son clone President Carter ne semble pas encore en mesure de lui succéder. Motif trop peu ancré à la rue, trop arrogant, trop prétentieux, totalement imbu de sa personne, limite condescendant. Pour revoir le véritable Hova, si tant est qu'il refait surface un jour, il faudra encore attendre. Ce n'est en tout cas pas avec ce disque qu'il faut espérer le retrouver.


15/20
Par Street Poet - Publié dans : Rap US - Communauté : Rap americain
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 21:30


Sortie: 14 Novembre 2003
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, The Neptunes, Kanye West, Rick rubin, Eminem, Timbaland, 9th Wonder, DJ Quik, The Buchanans, Aqua, 3H

Le monde de la musique est en émoi. Shawn Carter plus connu sous le nom de scène Jay-Z  a décidé de raccrocher le micro afin de se consacrer pleinement à sa carrière de businessman. Mais pas le temps de s'attrister, il annonce dans la foulée la sortie d'un huitième album en guise de cadeau d'adieu. Mieux cet ultime album devrait couronner une carrière riche et brillante et s'annonce comme un futur classique alors même que le premier titre n'est même pas enregistré. Les rumeurs vont bon train. On parle d'un album monumental sur lequel seront conviés la crême des producteurs du présent comme du passé. Les noms de Marley Marl, Dr. Dre, Timbaland, Swizz Beatz, DJ Premier et autres circulent et l'impatience des fans va grandissante. Premier éléments de reponse avec une publicité parue dans XXL avec un slogan plus qu'allechant "12 songs/ 12 producers" accompagné d'une liste de noms où l'on peut reconnaitre la quasi-totalité des beatmakers avec lesquels il a eu à travailler. On en déduit donc un peu hâtivement que chacun d'entre eux livrera un titre pour ce Black Album attendu dès lors comme le classique ultime. Rendez-vous est provisoirement pris pour le 25 Novembre 2003. Malheureusement les morceaux commencent à fuir sur la toile. et les rumeurs se font de plus en plus inquiétantes. On parle d'un titre avec Nas pour sceller leur reconciliation, d'une production de Lil Jon, de l'éviction de la contribution de Dr. Dre, de l'absence de Primo et autres featurings improbables. Et il faudra plus que les démentis officiels pour les faire taire. Seul confirmation, l'album ne comptera aucun featuring. Afin d'éviter que l'album tout entier ne finisse sur la toile, la sortie est avancée au 14 Novembre.

L'album sort enfin et à la lecture des crédits un sentiment de déception plane. Il n'y a effectivement aucun featuring, Just Blaze, Kanye West et The Neptunes sont bien là, tout comme Timbaland. Pas de trace par contre de DJ Premier, Dr. Dre, Ski ou Swizz Beatz. La surprise vient par contre des présence de 9th Wonder, DJ Quik, Eminem et Rick Rubin qui étaient tout sauf attendus. Paradoxalement c'est sur leurs livraisons que Jay surprend. Moins soulful et jazzy que celles de leurs homologues, les productions des "intrus" séduisent tout de même. 9th Wonder sample pour l'occasion R. Kelly pour livrer un Threat dans le pur style New-Yorkais. Eminem quand à lui se fend d'une prod lourdingue Moment Of Clarity ou Jay-Z aborde ses relations avec son père et la façon dont il a appréhendé son décès avec une sincérité plus que touchante. Mais c'est Rick Rubin qui réalise le braquage de l'album avec el surpuissant 99 Problems. Un titre devenu depuis anthologique avec son instrumental rock sur lequel Hov' peut y aller de ses reflexions. Autres inconnus au bataillon à se distinguer The Buchannans, auteurs du très bon What More Can I Say, occasion pour Jay de revenir sur sa carrière et d'expliquer les raisons de sa retraite.

Vous l'aurez remarqué cet album est moins porté sur l'égotrip que ses prédécesseurs. Jay revient pas mal sur sa carrière, communique ses émotions, rend hommage à ses illustres homologues, ouvre le livre de ses souvenirs et se livre sur sa vie. En mettant sa dextérité lyricale au service du fond, il prouve une bonne fois pour toutes qu'il est plus qu'un moulin à punchlines et qu'il n 'est pas bon qu'à railler ses collègues. L'émotion est d'ailleurs l'une des constantes sur cet album, et ce dès le premier titre December 4th où l'on peut entendre sa mère (rien que ça!) le tout produit de main de maitre par l'orfèvre Just Blaze. Il y évoque sa vocation, son enfance et dédicace ses compagnons de route. Il n'oublie pas non plus de remercier le public, son public sur Encore. Un titre censé marqué son adieu à la scène.  Kanye West est aux manettes pour ce titre fort et récidive avec le sublime Lucifer. Just Blaze lui donnera également l'occasion de revenir une dernière fois sur son parcours et surtout ses réalisations sur le bref mais puissant Public Service Annoucement . Quand à Timbaland il reste égal à lui-même avec un Dirt Off Your Shoulder hypnotique sur lequel Jigga brille de nouveau.

N'allez cependant pas croire que The Black Album est un sans-faute parfait. Il a lui aussi ses quelques titres en déça. out d'abord le terne Change Clothes usiné par des Neptunes peu inspirés dont on ne retiendra au final qu'une seule  phase. Le Justify My Thug de DJ Quik sur lequel il revient sur son passé de dealer ne convainc pas plus sans être foncièrement mauvais. A l'écoute de ces deux contributions on a le sentiment qu'il leur manque quelque chose, le petit son bien placé qui en ferait des titres incontournables. Les Neptunes se reprennent heureusement sur le plus que correct Allure. L'album se conclut en beauté sur My 1st Song titre dédicace où Jay reprend magnifiquement son flow du premier album et se lance dans une émorme dédicace à tous ses proches. Clap de fin sur une aventure rapologique jalonnée de succès et de critiques qui aura fait du petit dealer de Marcy Projects une superstar et l'un des hommes les plus riches des Etats-Unis. Le rideau se baisse et on se prend déjà à regretter qu'il arrête le rap. Heureusement que ce qu'on considérait alors comme son ultime legs nous permettra de ne jamais l'oublier. Pas un classique mais un excellent album de Jay-Z qui se reprend après le disparate Blueprint² et s'impose légende vivante du hip-hop.


17/20
Par Street Poet - Publié dans : Rap US - Communauté : Rap americain
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 17:07


Sortie: 12 Novembre 2002
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Just Blaze, Kanye West, Dr. Dre, The Neptunes, No I.D., Heavy D, Jimmy Kendrix, Big Chuck, Ron Feemster, Charlemagne, Digga

On avait quitté Jay-Z avec un classique qui la définitivement hissé au rang d'icône de ce début de millénaire. Si on ne peux rien reprocher au génial The Blueprint, il n'en est pas de même pour la suite des évènements. Hova se perd dans son duel au sommet avec Nas, se prenant même une gifle monumentale avec Ether, reponse detonnante à son Takeover. Et ce ne sont pas ses diss tracks plus ou moins inspirées qui feront remonter sa crédibilité, surtout qu'entretemps son rival est redevenu le favori de la rue. De plus son album-concept avec R. Kelly est un semi-échec imputable aux problèmes judiciaires de son partenaire de micro. Jay se voit donc dans l'obligation de redresser la barre et décide de réagir en annonçant la sortie d'un double album qui se veut être la suite de The Blueprint jusque dans son intitulé: The Blueprint²:The Gift & The Curse. Pourquoi un double album déjà? Parce que Jay le peu pardi. Non plus sérieusement les plus grands ont sorti des doubles album très réussis (2Pac, The Notorious B.I.G., Wu-Tang), réaliser le sien est le meilleur moyen d'accéder pour de bon au statut de légende vivante (comme si ce n'était déjà pas le cas). Pour mener à bien cet ambitieux projet, il ne lésine pas sur les moyens convoquants une brochette de producteurs de renom ( Kanye West, Just Blaze, Dr. Dre, Timbaland, The Neptunes) quelques-uns moins connus (No I.D., Jimi Kendrix, Big Chuck, Charlemagne, Digga et le revenant Heavy D) et plus d'une vingtaine d'invités (il serait trop long de les énumérer). Toutes choses qui laisse augurer d'un disque inégal et longuet.

Comme le laissait penser la guest list, l'album par dans toutes les directions avec des collaborations tous azimuts, des instrumentaux sans cohésion et des titres qui ne servent à rien qu'à assurer le remplissage. A vouloir manger à tous les rateliers, l'ensemble souffre d'un manque de cohérence flagrant et tient plus d'une association disparate de titres que d'un disque patiemment construit. Autre écueil non-évité, une atmosphère musicale inexistante. Si la carte de la diversité a été jouée, les artisans sonores ont confondus éclectisme et  non-identité. Sampler aussi bien Earth Wind & Fire, Ennio Morricone, Paul Anka, 2Pac, TLC et même Usher sur le même disque fait vraiment tâche. On jurerait presque écouter une bande originale de film ou une compilation réunissant les titres les plus joués de l'année.

Les choses démarrent plutôt bien pourtant avec l'évocateur A Dream en featuring avec l'ex-couple Wallace, j'ai nommé Faith Evans et son défunt mari The Notorious B.I.G. présent grâce au récyclage d'un de ses couplets de Juicy (merci Kanye). Just Blaze surprend avec le sympathique Hovi Baby avant que l'équipe Aftermath ne vienne s'illustrer sur la suite de The Watcher. L'occasion rêvée pour Hova de croiser ses rimes avec un autre monstre sacré du rap: Rakim (à l'époque signé chez Aftermath). Si Dre ne livre qu'une déclinaison de son propre titre, le morceau s'avère plutôt satisfaisant. Tout va malheureusement se gâter avec 03 Bonnie & Clyde première collaboration du couple Hov/Beyonce pour une reprise low-cost du Me & My Girlfriend de 2Pac. En dépit d'un succès considérable à l'époque, ce single archi-grillé est la première grosse déception du premier disque. La chute continue avec un autre single sans éclat Excuse Me Miss où la voix de Pharrell s'avère plus qu'irritante à la longue et le terne What They Gonna Do avec un Sean Paul lymphatique. Même constat avec un Fuck All Nite inutile et un I Did It My Way plus que dispensable. Heureusement la collaboration réussie avec les sudistes Killer Mike, Twista et Big Boi ainsi que l'accrocheur The Bounce (magistralement produit par Timbaland) et le bon All Around The World sauvent la mise pour ce premier disque au contenu mitigé.

Le deuxième disque s'avère un poil plus convaincant que son alter-ego mais souffre lui aussi des carences énoncées plus haut. Il comporte tout de même des titres de qualité comme Diamond Is Forever, le surprenant duo avec Lenny Kravitz (Guns & Roses) l'excellent Meet The Parents, le bouncy Nigga Please (un incontournable en club à l'époque) ou encore le titre éponyme (malgré son sample grillé). C'est aussi l'occasion pour Jay de permettre à ses poulains de s'illustrer. As One voit ainsi presque tous les artistes du label sur un titre plus convaincant mais n'arrivant pas à la cheville d'un Reservoir Dogs par exemple (présent sur Hard Knock Life). Même sentence pour le remix de U Don't Know qui malgré la bonne performance des M.O.P. semble n'avoir été réalisé que dans un but purement stratégique (le combo de Brooklyn venant juste de rejoindre la famille Roc-A-Fella, il était logique de leur offrir un peu de visibilité). De plus l'instru est limite inchangé, bonjour l'originalité. Passons également un Some How Some Way sans intérêt qui prouve qu'il faut tout de même faire plus que reconduire le casting de This Can't Be Live (titre de The Dynasty) pour pondre un titre convaincant. Impossible également de se sentir concerné par le fadasse A Ballad For The Fallen Soldiers qui ne suscite rien à part des baillements successifs et l'insipide What They Gonna Do Part II (le type même de bonus tracks dont on se passerait volontiers vu qu'il réussi l'exploit d'être encore plus vomitif que l'original). Jigga peut heureusement compter sur 2 Many Hoes (produit par un Timbaland qui fut bien le seul à n'avoir jamais déçu sur cet album) et Some People Hate pour se refaire une santé. 

Un album très peu convaincant en somme. De bons titres malheureusement noyés dans une direction artistique hasardeuse. De plus le manque de cohésion globale et l'irrégularité de Jay-Z au micro n'arrange rien. A vouloir frapper trop fort, Jigga s'est dilué dans un album ne lui correspondant finalement que trop peu. Il aurait clairement été plus judicieux de ne faire qu'un seul disque plus abouti et plus cohérent plutot que de céder à cette course à la grandiloquence. Si le succès commercial reste au rendez-vous, on ne peut qu'être déçu de cet album.


15/20
Par Street Poet - Publié dans : Rap US - Communauté : Rap americain
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 13:37


Sortie: 11 Septembre 2001
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Kanye West, Just Blaze, Timbaland, Bink!, Eminem, Poke & Tone

11 Septembre 2001. L'un des jours les plus sombres de l'histoire contemporaine. Alors que deux avions percutaient les tours jumelles du World Trade Center, provoquant leur effondrement et la tragédie que l'on sait, un autre monument s'édifiait discretement ce jour-là: The Blueprint de Jay-Z. Tel les deux aéronefs, ce disque percute le rap game de plein fouet, l'ébranle jusque dans ses plus solides fondations et instaure définitivement un nouvel ordre rapologique, reveillant au passage de vieux soldats endormis sur leurs lauriers depuis bien trop longtemps.

Pour mener à bien son projet de putsch hip-hopique, Mr Carter s'entoure d'une équipe réduite d'artificiers ayant déjà fait leurs preuves sur l'album The Dynasty. Un commando de qualité se charge donc de la réalisation de cette arme de destruction massive. Parmi eux trois chimistes jusqu'alors discrets dans le milieu se révèlent définitivement en fabricant douze des quinze ogives nucléaires qui composeront cet annihilateur ultime. Premier scientifique à briller dans ce trio majeur, un obscur laborantin de 24 ans: Kanye West. Fort d'une première expérience réussie pour l'opus précédent, il est promu directeur de laboratoire sur celui-ci et ne déçoit pas. Ses ingrédients: des échantillons de soul 70s minutieusement travaillés au point qu'on peine à croire qu'il s'agit réellement de samples. On a vraiment le sentiment d'entendre David Ruffin et le Bobby Blue Band accompagné pour de vrai Hova sur les massifs Never Change et Heart Of The City. Il triture également l'ultra-connu I Want You Back des Jackson 5 qui couplé aux rimes destructrices du général Jay donne un hit aussi monumental que l'association des composants le laissait entrevoir. Mais c'est sur le sulfureux Takeover que nos deux assassins sortent l'arme lourde. Un sample enragé des Doors relayé par un autre de KRS-One au refrain et des lyrics de feu font de cette diss-track mythique un véritable brulôt sur lequel Prodigy et Nas se font canarder sans retenue. Ce titre devenu l'un des points culminants de la guerre Jay-Z/Nas entre dans l'histoire du rap en dépit d'un texte haineux et pas franchement brillant (en même temps la finesse lyricale n'est pas la caractéristique majeure des beefs). Kanye remet ça avec un titre caché Girls, Girls, Girls (Part 2) et rend une copie impeccable qui l'installera définitivement au panthéon des meilleurs producteurs de ce siècle.

Deuxième savant fou convié, le génial Just Blaze devenu après sa participation à ce coup d'état phonique l'un des producteurs les plus pompés de cette décennie. Il relève sa mixture avec un ingrédient imparable depuis devenu sa marque de fabrique: la voix pitchée. Une particularitée majestueusement mise en pratique sur le surpuissant U Don't Know, missile barbelé sur lequel Jigga glisse des rimes qui laissent la concurrence sur le cul.  Il se fait plus posé sur deux autres pépites: le triste Song Cry et l'accrocheur Girls, Girls, Girls les innervant de voix soul féminines. Une combinaison gagnante sur laquelle le flow de Jay glisse à la perfection et qui se repend comme l'anthrax dans le monde des auditeurs. Just Blaze signera un dernier méfait plus discret mais tout aussi efficace: Breathe Easy, un titre cinq étoiles sur lequel Jay fait de nouveau admiré sa virtuosité flowistique et son sens de la punchline assassine.

Le troisième larron repondant au nom de Bink! n'as pas le charisme de ses collègues mais n'est jamais aussi efficace que dans cette position plus discrète. C'est même à lui qu'est revenu l'honneur de lancer l'attaque avec The Ruler's Is Back (un titre plus qu'évocateur). Sa particularité? Une bonne dose de minimalisme pas forcement captivante au début mais qui s'avère à la longue impressionante de qualité. Comme un signe le général se fait moins sarcastique en utilisant ses armes. All I Need en guise de glock muni d'un silencieux et Momma Loves Me comme poignard et voici Hova paré pour la réussite de son coup.

Bien evidemment on ne peut concevoir un putsch sans le renfort de quelques mercenaires de qualité. Trois seulement furent conviés. Le poseur de bombes Timbaland, vieux compagnon de route qui revient prêter main forte avec un explosif Hola Hovito. La collaboration avec les deux autres équipes s'avèrera cependant plus mitigée. Poke et son acolyte des Trackmasterz, Tone ne parviennent pas à se mettre au niveau des autres fournisseurs et livrent des munitions à l'impact limité sur Jigga That Nigga. En dehors du fait qu'elles soient utiles comme perce-blidage du grand public, rien de bien probant. La donne est différente avec le fou furieux le plus dangereux de l'amérique, le cauchemar white-trash Eminem. Si sa présence est somme toutes plus qu'utile, il va cependant prendre l'ascendant sur son employeur en étant le seul du commando à tester son nouveau matos en pleine opération. Si Jay-Z s'arrache comme il peut et livre une performance de haut vol sur Renegade, il se fait pourtant carrément bouffer par Eminem qui l'envoie pratiquement dans les cordes avec une paire de couplets. Une baisse de régime sans conséquence sur la réussite de la mission mais plutôt embarassante pour la suite et qui donnera du grain à moudre à ses détracteurs.

En définitive, une prise de pouvoir brillament réussie. On pensait Jay perdu dans les méandres de l'industrie et perverti par le succès commercial. Il nous prouve avec ce nouveau classique qu'il faut encore compter avec lui et qu'il est capable de mettre d'accord à la fois la frange dure du milieu et le grand public sur un seul album. Jay-Z devient une légende du rap avec cet album et le restera pour de bons quoi qu'on en dise. Un véritable coup de maître.


19/20
Par Street Poet - Publié dans : Rap US - Communauté : Rap americain
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Bienvenue sur mon blog de chroniques. Je tiens avant tout à préciser que le contenu des articles n'engage que ma seule personne. Les avis portés sur les sujets que je traite ici sont, vous l'aurez compris, totalement subjectifs.

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-Classique: 19/20
-Excellent album: 18/20
-Très Bon album: 17/20
-Bon album: 16/20
-Album correct: 15/20 et 14/20 en fonction de la qualité
-Album correct sans plus: 13/20
-Album peu convaincant: 12/20
-Album médiocre:11/20 et 10/20 en fonction de la qualité
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